Portraits Punctum
Depuis la découverte de la photographie et jusqu'à nos jours, la très grande majorité des artistes ont utilisé la photographie comme moyen de production. Nous pouvons penser au peintre Eugène Delacroix qui fut l'un des premiers à produire des œuvres à partir des daguerréotypes d'Eugène Durieu. Pour certains artistes, la photographie a fait en sorte de les libérer de la représentation, alors que pour d'autres ce fut un moyen d'exploiter de nouvelles façons d'aborder la réalité. Souvent, ces photographies sont extraites de leur contexte culturel pour être transplantées dans un environnement différent où elles se chargent d'une nouvelle signification. Les photographies d'amateurs qui ont servi d'inspiration aux artistes et l'utilisation de celles-ci nous démontrent bien la porosité des frontières entre l'art visuel et la culture populaire.
« Très souvent, le punctum est un détail, c'est-à-dire un objet partiel. Aussi, donner des exemples de punctum, c'est, d'une certaine façon, me livrer. Le punctum, c'est aussi : piqûre, petit trou, petite tache, petite coupure - et aussi coup de dés. Le punctum d'une photo, c'est ce hasard qui, en elle, me point (mais aussi me meurtrit, me poigne). »
Roland Barthes
Cette collection de photographies, dans une première lecture, semble être un recueil d'images érotiques populaires, mais en fait elles ont été choisies pour leur punctum. C'est la quête du punctum de Roland Barthes, un punctum particulier, un punctum qui emplit toute la photo, un punctum qui évoque un artiste reconnu. Ce projet se retrouve dans un continuum de recherche désirant rendre hommage à des artistes qui ont marqué l'histoire de l'art.
La légende de la photo, c'est-à-dire le nom de l'artiste cité par le punctum, est écrite en dessous de la photo afin de diriger notre lecture. Cette précision veut dire : ceci n'est pas uniquement une image érotique, mais surtout la référence à un artiste. Par cet ajout, le punctum devient une évocation et c'est une nouvelle photographie que nous regardons. Ainsi, cette collection, dans une deuxième lecture, devient une présentation d'artistes.
Lors de l'achat des photographies, le choix a été guidé uniquement par la découverte du punctum relié à l'artiste. Le caractère lascif de la photographie n'est d' aucune façon un critère de sélection de l'image, l'attribut plus explicite de certaines photographies demeure le fruit du hasard. Il est important que ce projet conceptuel soit mené sans censure, la découverte d'un lien avec la production d'un artiste doit se faire sans compromis.